Petit retour en arrière, je prends enfin le temps d'écrire mon périple des vacances de printemps. Pour une fois, je pars de mon côté et Romain reste à la Nouvelle-Orléans.
L'aventure solitaire jusqu'à Big Bend National park au Texas. Mais pas si seule si on compte toutes les rencontres faites en chemin. De quoi dresser des portraits d'Américains plutôt variés.
Samedi matin je monte dans le train direction le soleil couchant. Mais tandis que ma destination : Alpine (prononcer Alpaïne) ne se trouve qu'à 25 heures, certains descendront au terminus 40 heures plus tard à Los Angeles. C'est le cas de mon voisin de siège, la soixantaine qui fait le tour des USA par le train, bénéficiant d'un tarif préférentiel. Nous discutons un peu, il est content de pouvoir pratiquer son français. Puis je découvre la partie lounge du train. Tout un wagon vitré qui m'offre à voir la zone industrielle de New Orleans puis les Bayous et enfin au levé, le désert et ses quelques ranchs ou bungalows éparses au milieu de...rien.
Il se trouve que la BBC est dans le train aussi. Un reporter, un cameraman et deux assistants font un reportage sur le train le Sunset Limited.
La curiosité éveillée, j'écoute l'interview du contrôleur en chef qui se déroule juste à côté de moi. J'échange quelques mots et voilà qu'ils me posent aussi des questions, face caméra, en anglais !!
25 heures, ça laisse le temps de lire, dormir et d'observer les Américains. Il y a le contrôleur, sympathique et joyeux qui vous arrange même sans lui demander (il me surnommera miss Alpine pour le reste du trajet). Il y a aussi le vendeur du mini café à l'étage inférieur qui fait des blagues au micro, le quinquagénaire hippie et le sexagénaire vantant ses exploits randonistiques, la mère et ses deux filles en bas âge qui tient une auberge au Nouveau-Mexique et enfin le noir américain de New Orléans ami d'Allen Toussaint.
Miss Alpine arrive enfin à Alpine, au milieu du désert. Ma voiture de location m'attend. Quelques signatures plus tard, me voilà sur la route pour Big Bend National Park. 2 heures de route toute droite dans le désert . Je suis émerveillée et encore plus à l'entrée du parc. Je choisis un chemin de terre et de poussière pas tellement recommandé pour ma Ford Focus. Je serre les dents, pourvu que je ne crève pas !! Le téléphone ne passe pas, il fait 90 degrés F mais ça vaut la peine.
Je découvre Santa Elena canyon puis je vais prendre des infos au Visitor Center. Une charmante dame d'une soixantaine d'années m'explique tout en faisant l'effort de bien articuler et s'extasiant devant toutes mes paroles. Peut-être une instit de maternelle à la retraite ?
Je plante la tente au camping du coin : ombragé, ventu, paradis de l'oiseau et du fan de l'oiseau, toilettes sèches. Un coup de vent violent et tous mes papiers s'envolent ainsi que la tente de mes voisins. L'occasion d'échanger un peu : un jeune couple d'environ 25 ans, Madeleine et John. John a fait sa demande en mariage la veille en haut du plus haut sommet du Texas. Celui que je vais gravir également le lendemain.
Il y a aussi le voisin d'en face, la soixantaine ,camping car, VTT, panneaux solaires, baroudeur depuis un moment qui se joint à nous pour l'apéro et le barbecue. Il a un humour pince sans rire, il aime prendre des photos d'oiseau et tout faire lui même, jusqu'à la moutarde.
La nuit tombe, tout le monde s'endort. J'essaie de faire abstraction d'un couple d'Américains et leur chihuahua ayant décider de nous endormir avec leur musique plutôt que par le bruit de la nature.
Le lendemain je me lève tôt et c'est parti pour 6 heures de rando dans la montagne : Emory peak.

En chemin, plusieurs couples ou hommes seuls, d'une soixantaine d'années vous l'aurez deviné.
Ils portent leurs jumelles et leur appareil photo et sont à l'affût du moindre oiseau. Et c'est vrai qu'en terme de diversité de faune et flore, on est servi. Ascension sans encombre et magnifique vue du sommet. Le soir, je fais une mini rando dans un décor de western pour voir une roche en suspension.
Mon emplacement réservé la veille se trouve dans le désert. Toute seule, la nuit tombe, j'ai planté la tente assaillie par des petites mouches et observé par de lapins ou autres animaux que je ne vois pas. Je n'en mène pas large. Je suis au milieu de rien, c'est le "backcountry" comme ils disent. J'essaie de ne pas interpréter tous les bruits autour de moi. Je me rassure en admirant le magnifique ciel étoilé. Je m'endors enfin et voilà que le vent se lève. Bref, pas la meilleure nuit mais contente de l'expérience.
A 6 heures, le réveil sonne, j'ai rendez-vous avec JB, Pablo, Ruben et John (des profs de mon école venus en vacances dans le même parc) pour faire du canoë. Je fourre tout dans la voiture, bien contente de quitter ce lieu de camping. Il fait encore nuit noire, je roule jusqu'au lieu de départ en dehors du parc, je suis en avance. Je rentre dans la première station essence pour boire un café. Les cheveux en vrac, toujours en pyjama camouflé avec ma micro polaire quechua, je me réveille en douceur quand soudain la porte s'ouvre et voilà débarquer toute l'équipe de la BBC rencontrée 2 jours plus tôt dans le train. Coïncidence, ils vont aussi faire du canoë... avec la même compagnie... et la coïncidence s'arrête là car ils ne font pas le même parcours.
Canoë donc sur le Rio Grande qui sert de frontière avec le Mexique. C'est très calme, on passe au milieu de canyons, on s'arrose un peu. On prend une collation côté mexicain. Puis je continue ma route et prévoie de dormir au camping avec les gars, à l'est du parc, côté rivière et canyon . Il y a même une douche, quel bonheur !! Un coucher de soleil et un barbecue plus tard, on va regarder les étoiles dans une piscine semi naturelle où se trouve une source d'eau chaude: il y a pire comme endroit.
Le lendemain, c'est rando avec Ruben. On s'y rend par une piste escarpée en suivant le lit d'une rivière asséchée, entourée de montagnes, à l'heure la plus chaude de la journée, dans le désert, c'est pas la meilleure idée.
Nous arrivons vers une cascade asséchée elle aussi.
L'après-midi se passe à la civilisation, sur la terrasse d'un restaurant du parc dans les montagnes. Coucher de soleil et dodo dans une chambre d'hôtel: j'ai craqué, j'avais vraiment besoin de confort et ceux qui me connaissent savent que le sommeil est important pour moi.
Dernier jour avec deux randos, j'espère voir des ours car je suis la première sur le chemin du Lost trail mine. Pas d'ours mais une vue splendide. Je retrouve un randonneur que j'avais déjà croisé. L'occasion de comparer nos expériences et faire la liste de la faune rencontrée.
Avant de repartir pour Alpine, je croise une dernière fois les profs de New Orleans. Le parc est assez petit, on recroise les mêmes personnes.
Puis c'est reparti dans l'autre sens. 2 heures de voiture et 25 heures de train.
Au final, voyager seule pour la première fois, c'est une belle aventure, de belles rencontres, le plaisir de faire ce qu'on veut, quand on veut sans se poser de questions et la satisfaction de ne compter que sur soi.
Mais je ne peux apprécier ces moments seulement parce que je sais que je suis bien entourée. J'ai hâte de repartir sur les chemins des grands parcs américains avec mon amoureux. A suivre...




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